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L'industrie du vin menacée

Dernière mise à jour : 12 mai


PARTIE 1 : Le poids de l'industrie du vin en France

La France est le principal exportateur de vin mondial, devant l'Italie et l'Espagne. Elle enregistre des excédents impressionnants : 15,7 milliards d'euros d'exportations, soit 18,5% de la part de marché mondial, et un solde positif de 12,4 milliards d'euros en 2019. (pour en savoir plus, lire notre article : relocaliser l'approvisionnement en végétal).

Le vin fait travailler plus de 800 000 personnes dans l'hexagone, avec 16 régions sur 22 qui sont productrices de vin. Le Languedoc étant la région la plus étendue et la plus productive de vin, la Provence la plus vieille et la Bourgogne la plus riche.


Les vins qui s'exportent le plus sont les vins de Bordeaux. Leur exportation dépasse la barre des 2 millions d'hectolitres et un chiffre d'affaire de 2 milliards d'euros.

Les trois premiers pays producteurs de vin au niveau européen et mondial sont, dans l'ordre, l'Italie (50 millions d'hectolitre), la France (44 millions d'hectolitres) et l'Espagne (35 millions d'hectolitres).


La France a enregistré une hausse de 16% entre 2021 et 2022, tandis que l'Espagne a enregistré une chute de 10% de ses volumes annuels. Cela s'explique par des évènements climatiques extrêmes en Espagne avec des températures caniculaires et une sécheresse encore plus intense qu'en France.


Figure 1 : Infographie sur la viticulture française. Source : Ministère de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Mondialement, il se consomme 767 litres de vin toutes les secondes, selon l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). En 2014, 5 pays consomment la moitié de la consommation mondiale de vin : Etats-Unis (13%), France (12%), Italie (9%), Allemagne (8%) et Chine (7%). En France, qui est le deuxième consommateur de vin mondial, la consommation baisse fortement depuis plusieurs années, et est désormais à 12,5 L d'alcool par an et par habitant de plus de 15 ans, soit moitié moins que dans les années 60. Ceci est dû à une politique intensive menée par le gouvernement afin de faire réduire la consommation d'alcool de manière générale. Les habitudes de consommation ont également changé et les français préfèrent désormais boire peu de vin, mais de bonne qualité. La consommation régulière a donc cédé la place à la consommation occasionnelle.


Le vin se place en deuxième position des boissons alcoolisées des français juste derrière la bière et devant le champagne (qui est également un vin mais effervescent) (c.f Fig.2)

Figure 2 : Histogramme des boissons alcoolisées préférées des français en 2022. Source : Statista.

Le saviez-vous ? Le viticulteur est en charge de la culture de la vigne. Il s'occupe de la plantation, de la croissance et du bien-être des vignes. Son rôle consiste à produire le meilleur raisin possible afin d'en tirer un vin de qualité.
Le vigneron intervient dans la totalité du processus de fabrication d'un vin : de l'entretien des vignes à la mise en bouteille. Il gère ensuite la commercialisation de ses cuvées. On peut également diviser le métier de vigneron en deux : le vigneron récoltant et le producteur négociant.
Dans les faits, la distinction est moins prononcée et les viticulteurs peuvent s'appeler vignerons même s'ils ne s'occupent que de la vigne.
L'œnologue a suivi une formation. Il est spécialisé dans l'étude des techniques de fabrication, de conservation et de dégustation des vins. Il doit être en mesure d'extraire le meilleur de la matière première dont il dispose. Les œnologues sont souvent maîtres de chai et s'occupent des vins et alcools entreposés dans un chai ou une cave.
Le sommelier est le professionnel chargé de la cave (achat, conservation), du conseil et du service des vins dans un restaurant.


PARTIE 2 : L'impact environnemental du vin

La viticulture conventionnelle est l'une des activités agricoles qui consomme le plus de produits phytosanitaires. En effet, la vigne est une plante très sensible aux maladies, notamment en cas de forte humidité, propice au développement de champignons (mildiou, oïdium, black rot, ...). Cependant, la viticulture utilise essentiellement du cuivre, qui est un produit biologique, plus lourd que les autres produits phytosanitaires.

Entre 1950 et 1990, les vignes étaient systématiquement traitées toute l'année de manière assez intensive. Désormais, les quantités utilisées et le nombre de passages pour les traitements phytosanitaires sont plus contrôlés et souvent localisés vers les zones de la parcelle les plus à risque.


Pour que le raisin soit transformé en vin il passe par de nombreuses étapes qui nécessitent de grandes quantités d'eau : tri du raisin, entretien, pressage, fermentation. Au total, de la culture du raisin à notre verre de 13 cL, 120 litres d'eau sont nécessaires, selon l'ONG Water Footprint Network.


Figure 3 : Graphique présentant les résultats du bilan carbone bordelais établis entre 2007 et 2012 avec le cabinet Carbone4. Source : Ni bu ni connu


Les trois premiers postes de dépenses énergétiques pour la filière bordelaise représentent 76% du bilan carbone de la production de vin et sont :


  • Les matériaux entrants : matériaux qui servent à la production et au transport du vin (verre, plastique, carton, etc.)

  • Le fret : transport routier, maritime et aérien (hors transport de personnes)

  • Les énergies : énergies utilisées pour la production de vin (électricité, carburants pour les machines agricoles, etc.)

En 2020, l'empreinte carbone totale de la filière bordelaise est de 768 000 tonnes équivalent CO2 par an soit l'équivalent de l'empreinte carbone de 76 000 français.


PARTIE 3 : L'adaptation de la filière viticole pour réduire son impact environnemental

La viticulture cherche à se renouveler à long terme en : réduisant les pesticides, luttant contre le dépérissement et trouvant des solutions face au changement climatique.


En 2008, le Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB) s'est fixé comme objectifs de réduire l'empreinte carbone de la filière de 15% en 5 ans et de 75% d'ici 2050. Cependant, en 2020 on observe une augmentation de 6% d'émission dû au travail des sols plus importants avec des tracteurs consommateurs de carburant afin de réduire l'utilisation des produits phytosanitaires.


En 2015, l'OIV a adopté une résolution afin de standardiser le système de calcul des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans la viticulture, partout dans le monde. L'ADEME avance une valeur moyenne de 1,1 kg eq CO2 par bouteille de 75cL pour la France. Le packaging de la bouteille (bouteilles plus ou moins lourdes, bouchage et surbouchage, ...) compte entre 40 et 50% de ces émissions. La part du transport dans le bilan carbone final varie énormément selon le volume et la distance du vin exporté.

En Champagne, un travail important a été effectué pour réduire l'impact énergétique de la bouteille. En retravaillant la bouteille pour la réduire tout en supportant la pression importante existant à l'intérieur d'une bouteille de champagne, le comité champagne a pu faire baisser sa masse de 20%. D'autres initiatives ont vu le jours pour réduire l'impact de la bouteille. Par exemple, l'entreprise Oé for good a lancé un système de consigne pour ses bouteilles. D'autres méthodes d'emballage du vin ont vu le jours : Bag-in-Box (BiB), vin en vrac, canette. Des systèmes qui fonctionnent bien dans les pays anglo-saxons mais qui ont du mal à s'implanter en France. Pourtant, la canette a un bilan carbone très bas. Elle ne contient pas de plastique et est facile à recycler. Ces modèles alternatifs ne sont pas recommandés pour une conservation longue du vin, cependant 80% des vins sont consommés juste après leur mise en marché.

Dans l'Union Européenne, 73% du verre, dont les bouteilles de vin, a été recyclé en 2013 soit 7 millions de tonnes de CO2 économisé.


En 2019, la filière viticole française s'est engagée à réduire de 50% son utilisation de produits phytosanitaire d'ici 2025, suivant la directive pour une utilisation des pesticides compatibles avec le développement durable fixé par l'Union Européenne.


La viticulture biologique se contraint à ne pas utiliser de molécules organiques de synthèse, afin de favoriser la lutte naturelle entre les espèces.

La viticulture biologique représente 9% du vignoble en 2016, soit 70 740 hectares, cultivés par 5263 exploitations viticoles et est passée à 14% en 2022. Le problème est que cette même agriculture biologique n'est pas toujours la moins polluante si par exemple les traitements sont multipliés et donc les dépenses en gasoil sont plus grandes, comme nous l'avons vu pour le cas du territoire bordelais. En effet, les exploitations biologiques doivent travailler plus souvent le sol afin de réduire leur utilisation d'herbicides. Ce travail du sol nécessite des tracteurs qui ont une consommation important de carburant. Il est à noter que certaines exploitations biologiques utilisent la traction animale sur leur parcelle pour remplacer le tracteur. Difficilement rentable, cette pratique est encore minime. Enfin, les produits phytosanitaires utilisables en biologique sont dits de contact (en oppositions aux produits systémiques utilisables en conventionnel). Les produits de contact restent en surface des feuilles sans pénétrer la plante. Ils agissent en empêchant les pathogènes de rentrer dans la feuille. Malheureusement, les produits de contact sont lessivables en cas de pluie et ne protègent pas les nouvelles pousses durant la croissance de la vigne. Il faut donc en appliquer plus souvent que des produits systémiques.


Entre 2010 et 2016, le chiffre d'affaire du vin bio a été multiplié par 6 pour atteindre 792 millions d'euros. Cela répond à la demande des consommateurs qui sont en attente d'une agriculture et d'une alimentation plus respectueuse de l'environnement.


D'autres pistes sont étudiées et testées par certains domaines et interprofessions pour améliorer leur empreinte carbone. Ces initiatives sont variées et concernent des sujets multiples :

  • Développement de CUMA (Coopérative d'utilisation de matériel agricole) afin de mettre en commun le matériel plutôt que de l'acheter

  • Réduction du nombre de traitements

  • Nouvelles pratiques agronomiques : agroforesterie, viticulture biologique, ...

  • Transformation des déchets bois en granulés (ex : vinea energie)

  • Interdiction de l'utilisation des bougies lors des épisodes de gel

Enfin, l'industrie du vin se base de plus en plus sur des labels qualités tels que le label HVE, le label bio ou le label Vignerons Engagés. Pour en apprendre plus sur les labels, lisez notre BD : Tom Astuce présente les labels qualités.



PARTIE 4 : Les problèmes que rencontrent les viticulteurs

Le Climat

Avec le changement climatique, les années sont plus chaudes et les vendanges plus précoces. En moyenne, les vendanges ont lieu environ 15 jours plus tôt qu'il y a 40 ans.


L'augmentation de la température et une plus grande exposition au soleil rendent les raisins plus sucrés. Ils produiront ensuite du vin de la même nature, ce qui induit un pourcentage plus important d'alcool. Patrick Bertuzzi, directeur de l'unité Agroclim de l'INRA, évoque une hausse de l'ordre "d'un degré tous les dix ans dans les vignobles du sud du pays, et d'environ 0,5 ou 0,7 degré dans ceux du nord".


Ce phénomène de réchauffement entraine également une fragilisation des ceps. Avec une vigne qui débourre en mars, les risques induits par le gel ne peuvent que l'atteindre puisqu'ils perdurent jusqu'au mois de mai. Certains cépages naturellement précoces seront donc particulièrement touchés par l'augmentation des températures. C'est le cas du Gamay, du Chardonnay ou du Sauvignon.


Enfin, la chaleur a un grand impact sur les ouvriers viticoles rendant leur travail plus difficile, entrainant alors des pauses plus fréquentes et donc des pertes de production. Aussi, pour que les raisins ne soient pas trop chauds au moment de la récolte (ce qui dénature le vin), les vendanges sont faites la nuit ou tôt le matin.


Le gel est un phénomène naturel aléatoire qui, avec le changement climatique, peut s'avérer dévastateur. Si les gelées hivernales sont principalement impactantes sur les jeunes vignes, les gels de printemps peuvent avoir des conséquences néfastes sur la production en cours. Il existe plusieurs types de gelées répartis selon les saisons :

  • En automne, on parle de gelées précoces : si la température passe sous les -2.5°C, les jeunes vignes, dont les feuilles ne sont pas encore tombées sont impactées. La perte précoce des feuilles affaiblit la jeune vigne pour l'année suivant et impactera sa production. Les gelées vont également déclencher la mise en dormance prématurée des autres vignes, et les plantes vont présenter un mauvais aoutement du bois si elles n'avaient pas accumulé assez de réserve. C'est un phénomène de moins en moins fréquent avec le changement climatique car les premières gelées sont plus tardives.

  • En hiver, le gelées peuvent être fatales pour la vigne, même si elle est en dormance. Sous -15°C les gelées touchent tous les organes de la vigne et peuvent provoquer sa mort. Cependant, il s'agit d'un phénomène rare car les vignobles sont généralement placés à des altitudes basses et peu gélives.

  • Au printemps, les gelées entrainent des dégâts direct sur la production de raisin en cours. Les gelées sous -2°C nuisent au rendement plus qu'à la pérennité de la plante. Si la chute des températures est progressive, la vigne supportera mieux le gel. Le plus grand risque actuel est qu'un hiver doux provoque une reprise prématurée de la vigne, suivi par un soudain retour du froid entrainant la destruction des bourgeons ou la nécrose de certaines branches. Le gelées de printemps ont beaucoup augmenté à cause du changement climatique.


Qu'est-ce que l'aoutement ? L'aoutement est le processus de durcissement des branches et des rameaux d'arbres avant l'hiver.

La grêle est une autre intempérie qui a un impact significatif sur la vigne. Les grêlons en percutant les feuilles, les rameaux et les grappes, peuvent fortement affecter le potentiel photosynthétique des feuilles, la résistance des sarments et l'intégrité des baies de raisin. L'augmentation du nombre d'évènement météorologiques violents, dont la grêle avec des tailles de grêlons plus gros, est une conséquence du changement climatique.

Certaines régions chaudes (sud de la France, Australie, Californie), sont aussi plus sujets aux incendies qui peuvent être durs à maîtriser à cause des vents violents et détruire de nombreux vignobles.


Le changement climatique pourrait faire disparaitre plus de la moitié des régions viticoles du monde à cause d'un climat trop aride et d'un manque d'eau. Le raisin est un fruit très sensible aux changements de température. Même si la chaleur est l'un des principaux problèmes, c'est le manque d'eau qui va le plus impacter les vignobles. La problématique est donc urgente pour le monde viticole.


Les maladies

Plusieurs maladies peuvent toucher la vigne. Parmi les maladies fongiques on retrouve :

  • le mildiou

  • l'oïdium

  • le black-rot

  • les maladies du bois : esca, eutypiose, black dead arm

  • l'excoriose

  • le botrytis


La maladie la plus connue et l'ennemi numéro 1 de la vigne est le mildiou. Le mildiou a été importé d'Amérique au 19ème siècle. Il s'agit d'une maladie due à un champignon pathogène, le Phytophtora viticola, se développant principalement d'avril à juin puis à l'automne par temps humide lorsque la température oscille entre 17 et 25°C. Ce champignon se développe sur les feuilles tombées au sol. Il émet des zoospores mobiles qui sont entraînées sur la plante hôte et propagent l'infection.


Image 1 : Mildiou de la vigne sur feuilles. Source : https://www.agro.basf.fr/

Le mildiou de la vigne peut attaquer les grappes, plus au moins tardivement et va les recouvrir d'un duvet blanchâtre. Sur la feuille, le mildiou va former des "tâches d'huile" sur la face supérieure, qui correspond à un duvet blanchâtre sur la face inférieure de la feuille. Enfin, au niveau des bourgeons et rameaux, il va y avoir un recroquevillement et un duvet blanchâtre. La stratégie de lutte contre le mildiou consiste à traiter au moment opportun pour bloquer le développement de la maladie.


246€/ha : c'est l'investissement moyen d'un viticulteur en France en 2012 pour sa lutte contre le mildiou.

Comme pour tous les plants, les insectes ravageurs attaquant la vigne peuvent causer d'importants dégâts dans les vignobles s'ils ne sont pas maîtrisés. Les principaux ravageurs de la vignes sont : la cicadelle verte, la trodeuse, la cicadelle de la flavescence dorée, la drosophile et surtout le phylloxera.


Le phylloxera est un insecte piqueur apparenté au puceron. Originaire de l'est des Etats-Unis, il est apparu en France au 19ème siècle. Aujourd'hui le phylloxera est présent sur presque tous les vignobles du monde, à l'exception du Chili et de Chypre dû à leur isolement géographique (montagne, mer, désert). Sur la partie inférieure du limbe, la piqure de phylloxera provoque la formation de galles qui contiennent des poils épaissis, l'insecte et ses œufs. Les galles, en compromettant le potentiel photosynthétique induisent une diminution de l'accumulation des sucres dans les baies.


Le phylloxera peut également attaquer les racines en formant des nodosités et tubérosités. A l'endroit de la piqure la croissance s'arrête pendant que les tissus avoisinants prolifèrent. Le Phylloxéras se développent sous le périderme entrainant une prolifération de micro-organismes responsables de la pourriture, ce qui conduit à la mort du cep.


Image 2 : Galle sur une feuille de vigne due au Phylloxera. Source IFV.

Il n'existe pas de traitement phytosanitaire spécifiquement contre le phylloxera. Mais les vignobles luttent tout de même avec des injections au niveau des racines de substances chimiques non toxiques pour la vigne comme le sulfure de carbone (peu efficace sur les racines profondes), l'asphyxie des insectes par submersion du vignoble ou encore par l'utilisation d'hybrides issus d'espèces américaines plus résistantes au phylloxera (mais entrainant une qualité médiocre de vin). La méthode utilisée partout dans le monde et qui a permis aux différents vignobles de survivre est le greffage des cépages classique issus de vitis vinifera sur des porte-greffe issus d'espèces américaines (vitis berlandieri, riparia, …). Les espèces américaines ayant évolué durant des siècles sur le continent américain en contact du puceron sont devenues résistantes à ce dernier. En utilisant ces vignes américaines comme porte greffe, les vignes ont le système racinaire résistant au phylloxera et le système aérien (et donc les raisins) des cépages propres de nos différents vignobles


Autres

Les taxes Trump ont entrainé une chute de 30% des exportations aux Etats-Unis sur le dernier trimestre de 2019. Ces taxes ont pour origine le contentieux aéronautique entre Airbus et Boeing qui date de 2004. En représailles au traitement préférentiel que l'Union Européenne aurait accordé à Airbus, l'administration Trump avait alors appliqué des droits de douanes à hauteur de 25% sur les vins européens de moins de 14°. Cette taxe a entrainé un lourd impact économique sur la filière viticole française. Cependant, en juin 2021, cette taxe a été suspendue pour cinq ans.


Contrairement à ce qu'on aurait pu penser, la crise du Covid-19 n'a pas eu beaucoup d'impact sur l'industrie du vin. La consommation mondiale de vin a baissé de seulement 3% en 2020, ce qui est moins que les estimations faites par l'OIV qui prévoyait une baisse de 10%. Cependant, de fortes variabilités ont été enregistrées en fonction des pays : si certains pays ont conservé une consommation stable de vin comme la France et l'Allemagne, d'autres ont enregistré des hausses (+7,5% en Italie; +18,4% au Brésil) et d'autres des baisses (-6,8% en Espagne; -19% en Afrique du Sud).


En France, pour contrer la fermeture des bars et des restaurants, les vignerons ont mis en place des plateformes de vente de vin en ligne. 67% des vignerons et cavistes entendent continuer à exploiter les nouveaux canaux de distribution et services qu'ils ont mis en place pendant le Covid.


PARTIE 5 : Quelles solutions ?

Adapter ses parcelles au changement climatique

Les cépages actuels peuvent être remplacés par des cépages plus résistants capables de survivre à une climat plus chaud. Ces changements pourraient éviter la moitié des pertes en cas d'augmentation de 2°C, et plus d'un tiers en cas d'augmentation de 4°C.


Des modèles mathématiques ont également déterminé les régions où chaque cépage se porterait le mieux en fonction des hausses des températures. En changeant certaines variétés, les viticulteurs peuvent réduire les pertes potentielles. Par exemple, le Grenache et le Mourvède pourraient remplacer le Pinot Noir et le Merlot, indiquant que les cépages utilisés dans le Pays d'Oc seraient mieux adaptés à la région de Bordeaux avec le changement climatique. En Bourgogne, il pourrait y avoir un remplacement du Pinot Noir par le Mourvèdre ou le Grenache. En Alsace, le riesling pourrais laisser place au Trebbiano. Ces changements vont avoir des conséquences juridiques et législatives, notamment dues aux appellations d'origine.


Dans l'optique de faire face aux différentes conséquences du changement climatique, l'IFV, le centre du Rosé et la chambre d'agriculture du Var ont lancé un projet expérimental visant à étudier l'impact de l'ombrage des vignes sur la contrainte hydrique, le microclimat et la maturité des baies par la pose de filets verticaux.


Des nouvelles technologies

Les châteaux les plus fortunés utilisent des drones et robots pour faciliter le travail des vignerons et pour adapter leur production aux défis du changement climatique.


Il existe par exemple un robot enjambeur capable de désherber mécaniquement les rangs de vigne, et ainsi de ne pas utiliser d'herbicides. Certains robots permettent également d'analyser des données de terrain : température de la plante, niveau d'azote, humidité. L'automatisation de cette collecte d'informations présente des avantages en termes de coûts et permet d'optimiser le temps du vigneron qui s'attèlera à d'autres tâches. Les drones permettent de faire une surveillance des vignes et de déceler les maladies ou d'évaluer la vigueur des plants. Ainsi les traitements phytosanitaires ou nutritifs sont ciblés sur les parties de la parcelle qui en ont besoin.


La solution de Farm3

Farm3 travaille sur les jeunes plants de vigne afin de les préparer à la transplantation en terre.

Suite à deux études effectuées sur des cépages de Chardonnay, Farm3 a obtenu de bons résultats sur l'habituation au stress hydrique de jeunes plants de vignes qui sont ensuite replantées en pleine terre.

Image 3 : Expériences menées sur la vigne dans le centre de phénotypage Farm3 de Besançon. PHOT